Tourisme esthétique et médical, un rush irréversible May01

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Tourisme esthétique et médical, un rush irréversible

Les dents en Hongrie, les yeux en Pologne, le cœur en Thaïlande ou en Inde, les seins au Maroc ou en Tunisie, le nez au Liban, les soins médicaux et esthétiques à des tarifs défiants toute concurrence n’ont plus de frontières.

Entrée principale du Bumrungrad Hospital. Thaïlande. DR

Quatre facteurs ont permis le développement du tourisme médical et esthétique : la cherté des soins de confort peu ou pas remboursés, la démocratisation des voyages devenus très accessibles, l’amélioration des standards médicaux des pays récepteurs ayant un taux de change très favorable, le développement d’Internet et des réseaux sociaux comme Facebook. Les destinations médicales correspondent à certains pays émergents d’Amérique du Sud (Argentine, Mexique, Brésil, Costa Rica…) d’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Inde, Malaisie…), d’Afrique (Afrique du Sud, Tunisie, Maroc…) et du Moyen-Orient (Liban, Abu Dhabi). Pour l’instant, les Français se rendent surtout en Espagne, en Hongrie ou en Bulgarie pour les gros travaux dentaires, et en Tunisie et au Maroc pour la chirurgie esthétique. Ces pays disposent d’excellents praticiens, qui n’ont rien à envie à leurs confrères des pays les plus riches de la planète. Ces types de soins sont très mal remboursés en France pour ceux qui ne disposent pas d’une bonne complémentaire santé. De plus, depuis mai 2005 les assurés sociaux français peuvent se faire rembourser par leur assurance maladie les soins qu’ils ont reçus dans un autre état membre de l’Union Européenne sans autorisation préalable. Les assurances complémentaires, pour d’évidentes raisons économiques, favorisent cette tendance durable de la recherche des actes médicaux les moins chers. Une rentabilité très intéressante, jusqu’à ce que le niveau de vie de ces pays européens atteigne celui de l’Europe de l’Ouest.

Certaines agences de tourisme médical bénéficient même d’agréments. Des agences de voyages et des tours opérateurs se sont développés. Ce marché est en mouvement permanent et les agences à l’affut des tarifs les plus intéressants avec des cliniques s’inaugurant régulièrement. À service équivalent et sécurité médicale garantie, ce seront l’exposition médiatique et les campagnes marketing offensives des agences qui feront la différence. Parmi celles-ci, on peut citer les plus connues comme Surgeon and Safari en Afrique du Sud, Estetika Tour en Tunisie, Dental Travel en Hongrie, Heathbase aux États-Unis, Ypsée et Esthetic Planet en France, etc. On ne peut tous les citer, tant leur nombre a explosé ces dernières années. « Il faut utiliser les bienfaits de la mondialisation pour aider les personnes dans le besoin », explique Saroja Mohanasundaram, présidente de Healthbase, leader américain du tourisme médical. Aux États-Unis, 46 millions de personnes ne seraient pas assurées et le nombre de touristes médicaux, actuellement de 85 000, augmenterait de 15 % par an. Selon le cabinet Mc Kinsey, près d’un million d’étrangers, dont 10 % de Français, se rendent chaque année se faire soigner en Thaïlande et en Inde pour des tarifs en moyenne 40 à 70 % inférieurs à ceux pratiqués en France. Le Dr Jean-Luc Roffé, président de Plastirisq et du Syndicat des plasticiens, explique dans le Magazine de l’ordre des médecins de décembre 2009 que « ce ne sont pas les interventions chirurgicales réalisées à l’étranger qui posent problème. Les chirurgiens (…) sont généralement des professionnels compétents (…), et les cliniques de bonne qualité. » Ce qui peut poser problème, c’est avant et après l’intervention, notamment dans la surveillance postopératoire, des complications pouvant très bien apparaître dans les semaines qui suivent.

Le Bumrungrad Hospital de Bangkok en Thaïlande est un des endroits les plus connus au monde. Lorsqu’on découvre le hall d’entrée de cet hôpital international, on a l’impression de se trouver dans le lobby d’un gigantesque palace cosmopolite. L’hôpital est agréé auprès d’organismes internationaux comme la Joint Commission International (JCI) et son personnel est souvent formé aux États-Unis. Il dispose de 554 lits (de la chambre à 4 lits à la suite royale), emploie 2600 personnes, et bénéficie aussi d’un service hôtelier de type appart-hôtel de 125 chambres, allant du studio à la suite avec un accueil VIP à l’aéroport, de boutiques et de restaurants comme dans une galerie commerciale. Bien que l’anglais soit la langue internationale pratiquée dans l’établissement, un service d’interprétariat en 26 langues est disponible. Le Bumrungrad Hospital est aussi et surtout une marque, Bumrungrad International, dont la compagnie est cotée en bourse. Au Bangkok Hospital, l’autre hôpital up-to-date de la ville, pour quatre patients, on compte une infirmière recrutée pour son physique avenant en plus de son diplôme.

 

Bangkok Hospital Samui. Thaïlande. DR

Tourisme médical.

Des tarifs imbattables

En Hongrie, leader mondial des soins dentaires, des soins sont facturés à 4 900 euros contre un devis initial de 10 000 euros en France pour les mêmes prestations. Dental Travel propose une couronne en porcelaine à 260 euros alors qu’en France elle coûterait 600 euros environ. En Pologne, les chirurgiens ophtalmologistes utilisent la même technologie qu’en France (Lasik, PRK, Lasek) pour les corrections au laser. Leurs tarifs sont deux à trois fois moins chers, entre 400 et 700 euros par œil selon le type d’intervention et de laser utilisé. En France, il faut envisager en moyenne 1 500 euros par œil. Estetika Tour propose des interventions all inclusive dont les prix comprennent le vol aller et retour, le séjour dans un hôtel 4* en pension complète. Ainsi, une augmentation mammaire avec prothèse coûte 2 600 euros, un lifting cervicofacial (cou et bas du visage) 3 200 euros, une rhinoplastie (point et bosse du nez) 2 300 euros.

Guide du tourisme médical et dentaire d'Anouck de Clayssac. Ed. Delville.

Un marché juteux

En 2007, selon la Fédération tunisienne de la santé, les patients étrangers ont dépensé environ 200 millions d’euros pour se soigner dans ce pays, soit 40 % du chiffre d’affaires des cliniques et polycliniques, et 10 % des bénéfices pour l’État. Le tourisme médical a rapporté 4 à 5 fois plus que le tourisme balnéaire. De nouvelles cliniques devraient voir le jour avec des fonds émiratis et japonais, ainsi que des cliniques off-shore pour bénéficier de taxes très réduites. Selon l’Agence pour le Développement des Investissements au Liban (IDAL), la croissance de ce secteur devrait se situer autour de 30 % en moyenne entre 2009 et 2011 et générer un peu plus de 900 millions d’euros d’ici 2012. Dans cette perspective, le Royal Hotel Beirut vient de lancer son propre programme en partenariat avec des cliniques, des agences de voyages et des compagnies aériennes pour offrir des séjours clé en main. La Turquie envisagerait une réduction de sa TVA sur les matériels et les services médicaux pour développer cette activité. À l’horizon 2015, elle pourrait attirer 1 million de patients et réaliser un chiffre d’affaires de plus de 6 milliards d’euros dans ce secteur. En Inde, le tourisme médical pourrait peser plus de 1 milliard d’euros d’ici à 2012, soit près de dix fois le volume de 2002.

Hyatt Regency Century Plaza de Los Angeles. DR

Des congrès très attendus

Le 3e congrès annuel du tourisme médical mondial et des soins de santé mondiaux se tiendra du 22 au 24 septembre 2010 à Hyatt Regency Century Plaza de Los Angeles (Californie). Plus de 60 pays, soit 150 exposants, environ 2 000 délégués américains et internationaux sont attendus avec impatience par les professionnels du tourisme médical. Ce congrès ne promet rien moins que de « devenir un leader dans l’industrie du tourisme médical ». Plus près de nous, si un autre volcan ne se réveille pas, se tiendra les 17 et 18 mai prochain à Zagreb (Croatie) un sommet européen consacré au tourisme médical en Europe centrale et Europe de l’Est.
3rd Annual World Medical Tourism & Global Healthcare Congress : MedicalTourismCongress.com
Central and Eastern Europe Medical Tourism and Healthcare Summit : globalengage.co.uk

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